Les Chroniques de la Fabrique : « Mythes et réalités du Salon d’Automne »

Fondé en 1903, le Salon d’Automne a ouvert le XXe siècle, un tournant dans l’histoire de l’art, celui de la Modernité et des révolutions picturales. Dans un paysage déjà saturé de manifestations artistiques, le Salon d’Automne « allait refléter et donner à ce siècle l’image de lui-même, le frapper au cœur pour y réveiller le génie de ses rêves les plus fous »(1). Les rêves les plus fous de Matisse, Vlaminck, Derain ou Marquet transformèrent la salle VII du Salon d’Automne de 1905 en véritable « cage aux fauves »(2). Quarante ans plus tard et deux guerres mondiales ne suffirent pas à briser « les rêves les plus fous » de Bernard Buffet ou de Nicolas de Staël, qui exposaient au Salon de la Victoire de 1945.

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C’est donc riche d’un siècle de création que l’édition 2014 du Salon d’Automne s’est tenue sur les Champs-Elysées du 16 au 19 octobre. Toutefois, depuis plusieurs années, le salon a perdu l’écrin qui l’accueillait jadis, le Grand Palais. A la place, deux grandes tentes abritent désormais les œuvres de 850 artistes issus de 43 pays, représentant toutes les disciplines artistiques.
Pourtant la presse et les réseaux sociaux ne s’affolent pas pour promouvoir le Salon d’Automne qui n’est visiblement pas un haut-lieu de la mondanité parisienne ni même le dernier spot bobo à la mode. Néanmoins une « lente remontée de [sa] notoriété »(3) semble avoir été amorcée afin de rajeunir l’image du salon centenaire. Poésie, DJ, danse hip hop, BD urbaine, danse contemporaine, défilés de mode, théâtre, etc., ont fait leur apparition, renouant avec la volonté assumée du Salon d’Automne : sus aux académismes ! Avec un certain succès d’ailleurs, l’édition 2013 ayant enregistré plus de 30 000 visiteurs.
A ce titre, l’entrée est désormais gratuite. Dans ces circonstances, comment le Salon d’Automne parvient-il à se maintenir ? La Société du Salon d’Automne est une association à but non lucratif gérée par des bénévoles et reconnue d’utilité publique depuis 1921. Elle est financée par le Ministère de la Culture et de la Communication, la Mairie de Paris et quelques mécènes publics et privés. En cas de vente d’une œuvre, l’artiste s’engage à faire un don de 15% à l’Association du Salon d’Automne, don éligible à une réduction d’impôts. L’Association bénéficie également des droits d’inscription des exposants afin de couvrir ses frais de sélection ainsi que des droits d’accrochage.
Mais la subvention allouée par le Ministère se réduit chaque année et, comme pour conjurer le sort, le Président du Salon d’Automne a rappelé « la nécessité cruciale pour notre association de créer au plus vite les conditions d’une ‘Fondation du Salon d’Automne’ permettant la présentation des œuvres historiques et contemporaines par une politique de donation. L’importante documentation du Salon d’Automne (affiches, catalogues, cahier des compte rendus du Comité, presse, photographies, etc.), mémoire d’un siècle d’histoire de l’art et mine d’informations pour les chercheurs du monde entier, serait scientifiquement archivée, protégée, et mise à la disposition du monde universitaire »(4).
Cette notoriété, timidement retrouvée, passe également par son implantation sur la scène internationale, notamment à Moscou, Tokyo, Sao Paulo, Pékin, le Caire, Tel Aviv…
C’est donc progressivement que le Salon d’Automne sort de la confidentialité, paradoxe pour l’un des salons les plus mythiques de l’histoire de l’art !
Rien d’étonnant toutefois lorsque l’on connaît son combat mené pour ne pas être englobé dans un salon monolithique d’art contemporain et privilégié des médias, « depuis plusieurs décennies, l’absence d’équité dans le partage des subventions favorise un « art » dit « contemporain » au détriment de la plus vaste communauté artistique de notre pays, laquelle revendique à juste titre son statut de contemporanéité !… »(5).
La capacité du Salon à se renouveler constitue aujourd’hui un défi lancé aux artistes. Jean-Claude Farjas les exhortait à ressusciter le mythe « O, je vous en prie, continuez, inventez d’autres bouquets de tournesols, d’autres pommes, caressez d’autres ours blancs, peignez d’autres ‘femmes au chapeau’ »(6).

Laurène Nicol

Notes :
(1) Propos de Jean-Claude Farjas, peintre et ancien secrétaire général du Salon d’Automne.
(2) A la suite du Salon d’Automne de 1905, le critique d’art Louis Vauxcelles déclara « Donatello chez les fauves » en référence à la sculpture classique d’Albert Marque au milieu des peintures fauves, donnant son nom au mouvement artistique
(3) Propos de Noël Coret, président du Salon d’Automne
(4) Idem
(5) Communiqué de presse de l’édition 2010 « Un salon libre comme l’art ! »
(6) Propos de Jean-Claude Farjas

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