Le Louvre Express

Chers lecteurs,

En attendant la réouverture prochaine des musées, nous avons choisi de revenir sur la sortie au Louvre organisée pour, et par les membres de La Fabrique. 

Le 15 octobre 2020, six de nos membres, ayant suivi un double cursus en droit et en histoire de l’art à l’Ecole du Louvre, nous ont présenté une sélection d’œuvres de leur choix. La visite a eu lieu dans un cadre idéal, dans un musée vide de touristes, comme si Le Louvre nous avait été privatisé. Je vous emmène sur nos pas… 

Nous commençons la visite avec une présentation de Gabrielle Dolo, d’œuvres d’époque mésopotamienne, et plus exactement le Code Hammurabi. Daté du XVIII ème siècle avant notre ère, il figure le Dieu Shamash investissant le Roi Hammurabi. Au sommet de cette stèle verticale noire en basalte, se détachent les deux personnages. Le dieu Shamash, assis, est reconnaissable à sa tiare à cornes et fait face au Roi debout. Sous ce bas-relief est gravé dans la pierre l’un des tout premiers recueils de jurisprudence, en écriture cunéiforme akkadienne. 

Sara Boukaouma nous présente ensuite d’autres chefs-d’œuvre de la sculpture, d’un tout autre style puisqu’il s’agit des sculptures de Pierre Puget, un artiste du XVII ème siècle. Sara souligne l’originalité du sujet de la première œuvre: Puget  représente l’histoire de Milon de Crotone. Ce dernier voulant prouver sa force, se défia de trancher à main nue un vieux tronc d’arbre. Mais sa main resta coincée et la nuit tombée, il fut dévoré par les loups. Le personnage s’est laissé emporter par son orgueil, qui l’a mené à sa perte. Cette œuvre était destinée, à l’origine, à orner le parc du château de Versailles, et Colbert a laissé carte blanche à Pierre Puget, qui a donc pris un grand risque de déplaire au Roi avec cette histoire moralisatrice. 

Devant la figure tordue de douleur de Milon de Crotone, en contrebas, une autre œuvre de Pierre Puget nous interpelle. Hercule est représenté assis avec nonchalance, appuyé sur sa massue. Puget choisit à nouveau le parti de l’originalité pour représenter Hercule, qui est classiquement représenté en pleine démonstration de puissance. 

Pour varier les supports, Joffrey Rousseau nous présente un tableau célèbre, le Verrou de Fragonard. Il attire notre attention sur la pomme placée près du lit, symbole du fruit défendu, et sur l’angle du lit qui rappelle les jambes de la jeune femme. Les avis sont mitigés sur cette oeuvre, certains interprétant l’oeuvre comme la représentation des amours charnels passionnés, et d’autres s’interrogeant sur la possibilité d’une scène d’agression, puisque la jeune femme tente en vain de repousser l’homme de la main. Joffrey nous présente également le Portrait de Chopin par Delacroix, tout en camaïeu de bruns, qu’il affectionne particulièrement. Ce portrait est rattaché au mouvement du romantisme, le mouvement du sublime et de la recherche d’identité. 

Noélie Bernard nous fait replonger dans l’antiquité, Grecque cette fois, avec un grand vase Dinos Attique, qui servait à mélanger l’eau et le vin lors des banquets. Ce vase a été réalisé par le peintre de la Gorgone d’après la technique des vases à figures noires. Noélie nous raconte aussi l’histoire de l’iconique Victoire de Samothrace qui était érigée sur le sanctuaire des Grands Dieux à Samothrace. Elle nous raconte les coulisses de la restauration de l’œuvre, dont l’une des ailes, manquante, a été reconstituée en plâtre pour assurer la symétrie. La Victoire, dont les vêtements semblent mouillés par les embruns, est majestueusement érigée sur dix-sept blocs de pierre figurant la proue d’un navire de guerre. Portée par son impulsion, nous arrivons au département de Peinture italienne. 

Candice Carrion nous laisse admirer une fresque de Botticelli, provenant de la Villa Lemmi, qui figure Vénus et les trois grâces offrant des présents à une jeune fille. La fresque, en effet, a été commandée à l’occasion d’un mariage dans une riche famille florentine, afin de montrer sa magnificence. Toujours en peinture italienne, Candice nous présente la fameuse bataille de San Romano peinte par Paolo Uccello, qui a mis application les prémices de la perspective théorisée par Brunelleschi et Masaccio. La victoire à San Romano est célébrée par les florentins, qui brandissent leurs trompettes rehaussées d’or, puisqu’ils ont battu les viennois. 

Plus loin, la Vierge de la Victoire de Mantegna siège en vierge de miséricorde, sous un dais d’arbres fruitiers, entourée de saints et portant l’enfant Jésus. Dans ce tableau riche en couleurs, on reconnaît Saint Michel avec son épée, Saint Georges, et saint André le saint patron de Mantoue. Le corail, au-dessus de la vierge à l’enfant, symbolise le sang du christ, nouvel Adam amené à racheter les péchés du monde. Le perroquet est quant à lui un attribut de  la Vierge Marie.

En quittant la grande galerie, François Duclos nous montre les personnages malicieusement cachés dans les recoins des Noces de Cana de Véronèse, qui compte pas moins de 130 convives ! Il nous invite ensuite à admirer la grâce de Psyché ranimée par le baiser de l’amour, se soulevant du bloc de marbre sculpté par Canova. 

Et nous terminons cette visite avec Le gladiateur Borghèse, l’un des 400 marbres de la collection rachetée par Napoléon. Mais « ceci n’est pas un gladiateur ». C’est plutôt un athlète grec du premier siècle avant notre ère, comme l’indique l’inscription gravée par Agasias d’Éphèse sur son œuvre. 

J’espère que cette visite express à travers le Louvre en notre compagnie vous a plu, et à bientôt pour un nouvel article de La Fabrique ! 

Un article de : Oriane Deiana–Logez